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Préparation 2008

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Si vous préférez le courriel pour contribuer à ce débat, envoyez le à bruno.oudet chez imag.fr: il l'ajoutera sur le wiki.

1.  Le débat

1.1  Pourquoi avoir retenu ce thème de débat?

On peut en effet parler d'un grand absent dans les grands thèmes débattus lors du Grenelle environnement: tout ce qui touche à l'Internet et ce que l'on appelle le développement de la société de l'information. C'est ainsi que l'on ne mentionne pas la nécessité de développer des infrastructures de l'Internet sur tout le territoire, de développer les usages pour préserver l'environnement. Pas un mot sur ce que l'on pourrait retirer de la généralisation de l'accès à haut débit sur le territoire avec les possibilités qui en

résulteraient pour le télé-travail, le fonctionnement en réseau des entreprises, la formation, la télé-médecine etc etc.

L'AFTT, présente à Autrans en 2008, a la première tiré le signal d'alarme : Grenelle de l’environnement - Et le Télétravail ?.

1.2  Le fonctionnement du "Grenelle environnement"

Une très bonne référence pour commencer à comprendre le fonctionnement du Grenelle Environnement est l'article que Wikipedia y agriculteurs de base directement par Internet

  • La biodiversité (fiche 8) où il est mentionné la création d'un "observatoire" sans expliquer si les résultats de ses observations seront mis à disposition et de qui (par Internet en particulier). La même question se pose pour la fiche 9 (qualité des eaux) : qui est informé de quoi ? et quelles sont les informations mises à disposition du public sur Internet

Quant aux fiches "Gouvernance" (10) et "Communautaire et international"(13), on y trouve des propositions d'un classicisme étonnant (faire entrer les ONG au Conseil économique et social) mais on ne dit rien du système d'information : où sont les instruments de mesure ? les données sont elles mises à disposition du public sur Internet ?

L'ensemble procède d'une vision archaïque de la gouvernance, alors qu'il existe des exemples connus ( Environment Defense Fund) qui ont fondé leur action sur la participation du public et constitué une force qui a fait progresser la cause environnementale, en Californie notamment.

Il est assez symptomatique que le télétravail comme moyen de faire baisser les tajets domicile-travail n'ait pas du tout été évoqué.

1.3  Les sujets à débattre

Une des questions les plus critiques de l'effet de serre est l'émission de CO2 par les transports. Le Grenelle envisage de privilégier les transports les plus économes (rail, voie d'eau, transports en commun) mais n'aborde pas clairement clairement la question plus essentielle :

Peut-on aller vers des fonctionnements économiques qui rendent les mêmes services en consommant moins de transports ?

Cela supposerait qu'on examine d'abord attentivement tous les déplacements qui pourraient être évités en leur substituant des communications par Internet. Il est fort possible qu'on trouve, par exemple, qu'une bonne moitié des voyageurs d'Orly ouest qui font l'aller et retour dans la journée pourraient aussi bien traiter leurs affaires à distance. Bien plus, s'ils sont habitués à le faire sur la France, ils le feront aussi bien à distance avec d'autres pays, et deviendront plus compétitifs.

Traiter les affaires à distance quand on peut le faire devrait devenir une habitude. Néanmoins, les banques se sont engagées dans une direction opposée. Elles ont multiplié les guichets et inondent leurs clients de papiers inutiles. Une seule (Monabanq), c'est bien peu, se réclame d'être sans guichet et en profite pour abaisser ses tarifs.

D'autre part, les innombrables convocations que les administrations continuent à envoyer aux administrés pourraient, dans bien des cas, être remplacées par des entretiens à distance et des échanges électroniques, depuis que la signature électronique est juridiquement validée. Pas un mot dans le Grenelle sur ces sujets qui dépendent directement de l'Etat, lequel devrait évidemment commencer par balayer devant sa porte.

Une autre question, plus importante encore en volume, est celle de la facturation et de la comptabilité des entreprises. Dès lors qu'une information a été saisie, la logique voudrait qu'elle soit utilisée sous forme électronique et que les documents comptables, fiscaux, Assedic etc... soient établis automatiquement. Sans doute, l'art de la comptabilité est pour une part, de savoir affecter au mieux les dépenses et les recettes aux nomenclatures les plus appropriées, néanmoins, pour les opérations courantes, c'est à dire la quasi totalité, notamment dans les PME, l'automatisation et la communication à distance seraient possibles et profitables. Elles feraient économiser du temps de travail, du papier et des déplacements.

Ce ne sont là que quelques exemples ; il faudrait mentionner aussi la désintermédiation, la possibilité de comparer les produits et de choisir à distance, les réservations et commandes diverses, par exemple les voyages virtuels, qui ne se substituent aux voyages réels mais permettent de mieux choisir...

1.4  L'animateur du débat

Fabrice Flipo, Maître de Conférence à l'INT est l'animateur du débat. Fabrice a été très actif dans le suivi du processus du Grenelle Environnement.

2.  Contributions diverses

2.1  Billet d'humeur de Thierry Gaudin

La liste des associations qui ont participé, au moyen de leur site, au Grenelle montre que la question posée n'a pas été bien comprise.

Il ne s'agit pas d'informer, de recenser de mettre sur l'Internet des discours déjà bien connus.

Il s'agit d'internet comme support de conscience dépassant les états nations et autres institutions établies et comme inducteur de transformation des pratiques quotidiennes. L'exemple le plus significatif nous été signalé par Didier Lebrun, c'est celui de l'Environment Defense Fund et de son organisation de surveillance bénévole court circuitant les circuits administratifs et politiques.

Il faut quand même s'habituer à l'idée qu'Internet redéfinit la gouvernance et relègue les pouvoirs actuels au magasin des accessoires.

Il y a donc encore bien des choses à dire et à montrer avant d'être compris.

2.2  ... suite et compléments de Didier Lebrun

Le texte ci-dessus retranscrivait un échange de mails dont voici la suite:

Le rôle de l'internet dans les problématiques de l'environnement aujourd'hui n'est plus en effet de donner la parole aux écologistes pour faire savoir qu'il y a un problème de l'environnement, mais de fournir des outils concrets pour y répondre, et y répondre dans l'intérêt du plus grand nombre plutôt que dans celui de quelques groupes privés.

A la suite du Grenelle, les écologistes se sont auto-congratulés parce que c'était la reconnaissance officielle qu'il y a un bien problème, et donc qu'ils avaient eu raison depuis le début... et ils en sont resté là pour l'essentiel [triste]

Pendant ce temsp là, les forces économiques qui ont soutenu le rapport Stern et fait en sorte que ce soit le thème principal du dernier Davos ne perdent pas leur temps en auto-contragulations. Le risque s'est maintenant déplacé. Il n'est plus qu'on ne fasse rien ou pas grand chose face au problème, mais que cela se fasse au détriment de l'intéret général et en faveur d'intérets financiers qui ne sont pas dans l'affaire par pure philanthropie. La liste des signataires du mémo qui avait fait changer Bush d'attitude lors du dernier G8 est assez éloquente à ce sujet. Parmi les risques, je vois notamment:

  • tendance à préférer réparer les dégâts plutôt qu'à les prévenir, parce que ça rapporte plus, et donc à aller jusqu'à la crise au lieu de bifurquer avant, en sacrifiant beaucoup de vies qui pourraient être épargnées
  • grands projets d'ingénierie climatique à effets secondaires aléatoires (particules réfléchissantes dans l'atmosphère, planctons transgéniques, turbines pour booster le gulf-stream, etc...)
  • capture d'une part excessive des fonds publics
  • législations coercitives pour obliger les populations à faire ou ne pas faire ceci ou cela
  • tendance à susciter des bulles financières où les gros poissons s'enrichissent en récupérant les restes des petits

Aujourd'hui, on ne voit pas encore que c'est cette course là qui est lancée, parce que les capitaux n'ont commencé à être investis massivement que depuis le début de l'année (le top départ a été Davos). L'affaire est encore en gestation, au stade du lancement des projets, mais ça ne saurait tarder à éclore. Mon pifomètre d'économiste suppute que la bulle financière de l'écologie arrivera à maturité d'ici 5 ans environ, avec au moins autant de spots télé que pendant la bulle des TIC [clindoeil]

Face à cela, la société civile et les organisations écologiques ont un rôle à jouer, et l'internet est un outil essentiel là-dedans. Mais ce n'est plus une affaire de palabres ni de présenter sa petite ONG, c'est une lutte pied à pied de contre-lobbies face à des lobbies, comme pour le brevet logiciel, sur plein de fronts assez diversifiés à la fois. Environmental Defense Fund et Philip Greenspun l'ont compris très tôt et ont obtenu des résultats remarquables. (voir http://philip.greenspun.com/panda/better-living , http://www.scorecard.org/ , http://actionnetwork.org/).

A mon avis, un des rôles utiles que pourrait jouer Autrans dans cette affaire, c'est de contribuer à créer des liens entre les communautés de programmeurs qui savent fabriquer les outils informatiques, et les communautés d'écologistes susceptibles d'utiliser lesdits outils.


2.3  Contribution de Michel Giran

e-commerce et emprunte carbonne un article intéressant


Voici ce que nous écrit, Thierry Gaudin notre président de l'association RESO qui organise les rencontres:

Le travail à distance est entravé par une foule de péages, injustifiés compte tenu des paralysies qu'ils entraînent ; ceux des opérateurs GSM bien sûr (surtout quand on utilise le GSM pour accéder à Internet). Non seulement les hotels ont pris l'habitude de faire payer le wi-fi, alors que la connexion adsl ne leur coûte presque rien, mais les lieux publics ont aussi pris cette mauvaise habitude : les gares, les aéroports notamment. En plus, l'accès aux documents culturels de base, tels que par exemple les vidéos de l'INA, est payant.

Comment espérer que le travail à distance se développe si on s'y fait rançonner à chaque connexion ?

Comment veut-on avoir une population cultivée si on lui demande de payer la culture avant même de l'avoir vue ?


La multiplication des communautés rurales dans la France profonde contribuerait au développement durable et notamment au développement des liens sociaux, de la solidarité au sein des communautés rurales et donc à une protection de l'environnement plus "solidaire".

Les mégalopoles sont gourmandes en énergie par le gâchis qu'elles suscitent, mais l'habitat dispersé présente aussi des inconvénients pour ce qui est des rejets de CO2: grandes maisons souvent assez anciennes, peu de transports en commun. Entre les plus et les moins, l'équation parait douteuse.

Que peut-on mettre en place sur l'Internet pour développer la prise de conscience?

  • On a un exemple en France d'un travail communautaire dans le domaine de l'informatique et les réseaux, et il y a aussi l'exemple de Telabotanica. Pourquoi pas un comment ca marche environnement?

3.  Ajouter ci-dessous d'autres contributions

3.1  Contribution de Fabrice Flipo


Uneanalyse du Grenelle :

Sur le débat de fond TIC / écologie, quelques inputs : - le télétravail génère une augmentation du temps de travail dans 80% des cas. Ceci pour signaler que le social n'est pas séparable de l'écologie. - Les TIC demandent aujourd’hui entre 3 et 10% de la consommation électrique des pays industrialisés. Elles sont responsables d’environ 2% des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle planétaire. C’est l’infrastructure qui occasionne la majeure partie des consommations. La tendance est à la hausse : une communication 3G consomme davantage qu’un GSM, et lui-même davantage qu’un téléphone fixe, pour la même quantité d’information transmise. La France produit chaque année autour de 200 000 tonnes de déchets électroniques. Ce flux est en croissance de 3 à 5% par an. - les TIC sont profondément ambivalentes Les impacts des NTIC sur l’environnement. (Berkhout & Hertin, 2001).

Impacts positifs Effets de premier ordre : Applications environnementales des NTIC comme par exemple le monitoring Effets de second ordre : Dématérialisation, changement structurel tels que l’administration électronique Effets de troisième ordre : Changement dans les modes de vie tel que consumérisme « vert »

Impacts négatifs Effets de premier ordre : Impacts écologiques de la production des NTIC tels que les DEEE Effets de second ordre : Les produits NTIC s’ajoutent aux produits existants Effets de troisième ordre : « Effet rebond » comme par exemple la croissance du voyage à longue distance

(source Berkhout & Hertin, 2001)

Les TIC sont prises dans une crise écologique dont la nature et les issues font débat. Que recouvre le « développement durable » ? Un « capitalisme vert » ? Une « modernisation écologique » ? Une « sortie du développement » ? Un « écosocialisme » ? Une « économie quaternaire » ? Une illusion, pavant la voie d’un « écofascisme » ? Dans chacune des analyses, l’écologie industrielle et en particulier le secteur des TIC sont prises à partie de différentes manières par les parties prenantes pour structurer le milieu des sociétés, pour véhiculer ou structurer les pouvoirs collectifs face aux risques majeurs contemporains.

La recherche sur les TIC a identifié plusieurs enjeux clé dans le domaine de l’information numérique, qui doivent être déclinés dans le cas de la crise écologique : • écologie des infrastructures numériques : le numérique consomme matière et énergie, pollue, comment les industries des TIC intègrent-elles l’enjeu écologique ? Ont-elles tendance à déplacer le problème vers les consommateurs, l’Etat etc. ? Comment les territoires vont-ils arbitrer sur les consommations qui sont liées à ces infrastructures ? Quels arbitrages faire entre écologie, économie et social ? Y a-t-il synergie ou profondes divergences ? • numérisation et cosmopolitisation des sociétés : la circulation de l’information est aujourd’hui planétaire, cela favorise-t-il la multiplication des passagers clandestins (mafias, oligarques, flux financiers etc.), l’éclatement des communautés, ou au contraire leur resserrement face aux risques communs (U. Beck) ? Vont-elles dans le sens de la production de biens publics globaux, d’une citoyenneté cosmopolitique, d’une démocratie mondiale ou d’une guerre civile mondiale (Carl Schmitt), dans laquelle l’information est avant tout un moyen de contrôle sur autrui, un media de la souveraineté ? • numérisation, transparence et démocratie : les TIC numériques favorisent-elles la participation dans la prise de décision ? Face aux choix difficiles qui sont à faire en matière d’écologie (substitution etc.), les TIC sont-elles le lieu d’un progrès ou d’une opacité croissante ? L’information numérique est-elle plus pertinente que ses homologues papier ? Les TIC numériques permettent-elles aux citoyens de mieux comprendre les enjeux et les débats autour de la crise écologique ? De mieux faire leurs choix ? Ou au contraire facilitent-elles la désinformation, le divertissement, la « peoplisation » de l’information, le spectacle qui laisse le citoyen impuissant et désorienté ? • inégalités et convergence écologique globale : les supports numériques ont une ergonomie propre, un coût et une infrastructure spécifiques, ces caractéristiques favorisent-elles la réduction des inégalités, locales et globales, en particulier dans le domaine de l’impact écologique ? Si tel n’est pas le cas, qu’est-ce qui se joue ?

Face aux enjeux intersectoriels et interdisciplinaires du développement durable, la recherche sur les TIC numériques souffre de plusieurs biais persistants : • Elle est trop souvent détachée de l’analyse des TIC en général. L’originalité du support numérique reste difficile à caractériser. • Elle s’accompagne souvent d’une euphorie techniciste générant un flou conceptuel dommageable : « la société de l’information » est confondue avec « la société équipée en TIC numérique », l’information est ramenée à son expression économique (valeur ajoutée) ou logique (au sens informatique du terme) etc. Au contraire le développement durable exige de voir plus large, de replacer les nouveaux réseaux au sein des réseaux pré-existants, d’adopter un regard dépassionné. Le développement durable se caractérise par une conflictualité croissante des choix technologiques. La direction du progrès n’est plus claire ; partir de l’idée que les TIC numériques sont forcément un progrès, c’est d’emblée s’interdire toute posture réflexive. • Ce biais tient en partie à la confusion entre les marchés potentiels des firmes de TIC numériques et les besoins effectifs des populations. • Elle comporte un biais ethnocentrique, cosmologique. La venue des TIC numériques se coule dans un cadre cosmologique de la modernité : leur développement serait irréversible, historique, global, inscrit dans l’histoire de l’humanité. Les pays peu équipés seraient « en retard ». Le seul enjeu serait de « combler le fossé digital ». Au contraire le développement durable insiste sur la nécessité de réviser les évidences occidentales, qui imprègnent aussi très largement les élites des pays « en développement ». La mondialisation est une rencontre cosmopolitique, au sens fort du terme : c’est la rencontre entre des cosmologies différentes. L’universel ne disparaît pas, mais il doit se contextualiser. • Elle souffre d’un biais sectoriel : en ne considérant que les enjeux immédiats de ce secteur, la recherche ne perçoit pas forcément les interdépendances.

Ceci étant encore très incomplet.

Les TICN sont un marché en pleine forme. Elles ont occasionné une mutation dans l’analyse économique. La plupart des économistes s’accordent en effet à penser qu’une part grandissante de l’économie est d’ordre « immatérielle », même si les effets des TIC sur la croissance restent difficiles à entrevoir (« paradoxe de Solow »). Les TIC permettent de copier l’information à un coût nul ou presque. Elles ont occasionné une réorganisation profonde des entreprises et des organisations (Castells). Elles mettent aussi à mal les théories économiques, qui ont des difficultés à saisir ce qui se joue.

Mais il y a des revers à cette euphorie autour des « nouvelles » TIC. L’informatisation se traduit aussi par des frais élevés de maintenance. Les ménages consacrent une part importante de leurs dépenses aux TICN. La complexité des facturations peut conduire à des situations d’endettement. La guerre des brevets a conduit à des situations de monopoles dommageables pour l’innovation et l’appropriation des techniques, ce qui a conduit à l’émergence du logiciel libre. Le numérique supprime ou marginalise parfois des services de proximité. Il conduit à la centralisation de l’information. Il a facilité la financiarisation de l’économie, les « signes » monétaires changeant de main beaucoup plus rapidement qu’avec les anciennes méthodes. Les ERPs sont source de flexibilité mais aussi de rigidité, pour les entreprises comme pour les autres organisations. Il est difficile de savoir si la vogue actuelle de l’économie pour l’étude de la connaissance est liée à la découverte de « nouvelles sources de productivité » ou à l’accroissement des problèmes liés aux usages de la connaissance. Les droits d’auteurs et la propriété intellectuelle peinent à trouver un modèle économique satisfaisant pour toutes les parties (loi DAVDSI). Les travailleurs développement de nouvelles pathologies : addiction, troubles musculo-squelettiques, phénomènes d’addiction etc.

L’information, c’est vrai ? Les TICN ont permis un accès quasi-instantané à une très grande masse d’informations. Les rapports de l’Assemblée Nationale sont en ligne. La numérisation d’ouvrages classiques a commencé. Des projets géants ont vu le jour dans ce domaine. L’explosion des contenus en ligne a toutefois rapidement posé la question de la crédibilité de ces informations. Les TICN n’apportent pas en soi les moyens de distinguer entre information et « hoax » ou argument marketing. Les machines à voter ont connu un succès très limité, vite remis en cause par des soupçons de fraude, la « boîte » n’étant plus transparente, comme les urnes en plastique, mais littéralement « noire ». Les espoirs d’élargissement de l’accès direct aux responsables et autorités ont été tempérés, lesdits dirigeants n’ayant pas accru leur temps disponible.

La globalisation des réseaux a permis l’accélération de l’émergence d’une classe « cosmopolite » qui utilise les grands hôtels, est en communication permanente avec le monde entier, parle plusieurs langues, mange indien à Londres et chinois à Rio de Janeiro. Tout internaute peut regarder Al Jazzirah ou CNN. Mais les conséquences encore très mal connues, et très ambivalentes. La circulation de l’information bénéfice aussi à la « cybercriminalité », la police et la gendarmerie ont du adapter leurs techniques. L’information dépend toujours de contextes d’interprétation qui sont largement nationaux. Si les contenus en chinois sont maintenant bien présente sur la Toile, des zones entières sont des trous noirs. Dès lors l’internaute n’a pas accès « au monde entier » mais à l’information qui a été mise sur la toile, limitée et toujours dépendante de perspectives. La cosmopolitisation de l’information a les mêmes caractéristiques ambivalentes que la cosmopolitisation des modes de vie (U. Beck, 2004) : nous achetons chinois mais nous ne comprenons pas pour autant le contexte chinois, nous ne nous sentons pas pour autant solidaires des Chinois. Les interdépendances sont complexes et ambivalentes, les catégories nationales perdent de leur évidence sans qu’il soit facilement possible de les remplacer par autre chose.

Les TICN permettent se communiquer et de se déplacer plus facilement. La facilité à échanger les caméras des téléphones portables ont permis de mettre des dictatures sous le regard de la « communauté internationale ». Mais les TICN n’ont pas entièrement démontré de capacité à échapper aux pouvoirs autoritaires, comme le montre l’exemple chinois. Du fait des énormes potentialités centralisatrices offertes par les réseaux, elles sont même soupçonnées du contraire : derrière l’expansion des TICN se profile un modèle de collaboration comme Wikipédia, dont le taux d’erreur est comparable à celui de l’Encyclopédie Britannica, mais aussi la figure moins rassurante de « Big Brother » - la possibilité d’être « tracé » en permanence par des pouvoirs n’ayant aucun compte à rendre.

Les TICN permettent de communiquer partout toujours et vers n’importe qui. Il est possible d’être branché en permanence. Entrons-nous dans l’ère de l’ubiquité ? Mais la disponibilité permanente est stressante, le silence devient un luxe. Les TICN ont permis de confectionner des interfaces spécifiques pour les handicapés, aux familles éloignées de pouvoir communiquer mieux et plus souvent etc. mais quels sont exactement les espaces de sociabilité qui se construisent ? Les nouvelles formes de connectivité se développent-elles au profit du vivre-ensemble planétaire ou du vivre-ensemble local, national, voire nationaliste ? S’agit-il de repli sur soi ou d’ouverture sur le monde ? Que changent la configuration de ces espaces au regard des risques environnementaux et technologiques majeurs ? De plus les TICN ont créé de nouveaux handicaps. Les interfaces actuelles sont rejetées par une partie significative de la population, qui éprouve des difficultés à travailler devant un écran. La rapidité du changement technique rend d’autant plus difficile l’appropriation collective, toute formation étant rapidement déclassée.

Les impacts sur l’éducation sont eux aussi ambivalents. Le e-learning commence à trouver ses marques mais l’omniprésence des TICN et du virtuel dans l’environnement des enfants peut se traduire par une déstructuration et une perte de repères. Dans le virtuel, tout se vaut, tout est possible, la responsabilité est rarement engagée comme dans le monde « réel ». Des initiatives commencent à se mettre en place à ce sujet, afin de ne pas laisser les enfants surfer sur Internet sans savoir-faire.


3.2  Contribution de Philippe Vacheyrout


Capucine un label pour le développement durable.

Le Grenelle de l’environnement, sans Internet, n’aurait pas été ce qu'il a été ; et Internet est incontournable dans la constitution en réseau des acteurs pour la mise en œuvre des ses recommandations. Cela va tellement de soi qu'il n’a pas été mentionné, alors que ce nouveau media sur lequel repose l’avenir de la société de l’Information du XXIème siècle n’a pas encore atteint sa maturité, au point de voir retarder de 10 ans le déploiement de l’accès au Dossier Médical Personnel prévu initialement en juillet 2007. La principale difficulté étant la fiabilité du système en terme de sécurisation, d’accessibilité et de préservation des données personnelles, les usages soulèvent encore nombre d’interrogations et il en résulte un manque de confiance qui freine les développements. C’est par l’innovation et la convergence de technologies que l’on parviendra à offrir les services attendus par les usagers. C’est ce que propose le concept Capucine, qui en mutualisant les moyens d’authentification permet la mise en réseau, de tous les acteurs souhaitant participer au développement durable et bénéficier pleinement des services numériques à tous les niveaux. Capucine a été le premier projet inscrit à la Fing et présenté à Autrans en 2000. Il a fait l’objet d’une demande de financement à la CEE en 2001, non suivi d’effet immédiat : (http://www.capucine.net/rubrique.php?id_rubrique=3). Puis un partenariat avec un industriel français a permis de développer le projet de 2002 à 2005. La Charte pour un réseau de confiance numérique : http://www.capucine.net/article.php?id_article=15 propose une approche innovante : le caractère universel de l’authentification forte permet d’autoriser toutes formes d’usages en réseau, pour mettre en œuvre des projets de développement durable en utilisant des techniques d’intelligence économique. On aboutit donc à l’intelligence écologique, laquelle pourrait s’inscrire dans des partenariats publics/privés/associatifs, dans une démarche d’entrepreneuriat social ; les économies d’échelle réalisées permettant d’autofinancer le système et une redistribution vers la recherche et le développement à différentes échelles. Le label Capucine garantit à chacun l'accès au réseau de la société de l'Information et de la Communication du XXI siècle, dans le respect de la loi Informatique et liberté et de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, pour une gouvernance démocratique, propre à mettre en œuvre le développement durable nécessaire à l’humanité.

Si le Grenelle de l'environnement a été un succès pour les écologistes, les politiques et les journalistes, qu'en est-il de sa mise en œuvre, dans la mesure ou les philosophes et les hommes de l'art n'ont pas été consultés ?

Au pied de la montagne, on s'interroge à Autrans; le philosophe Michel Serres a fait un état des lieux à la conclusion pessimiste, qui conduit a remplacer les têtes bien pleines par des têtes bien faites.

C’est pourquoi l'artiste Fred Forest et l'homme de l'art Philippe Vacheyrout se sont encordés pour tenter une première sur le métaverse Second Life, afin de cueillir un label universel en forme de capucine, pour l’offrir aux candidats aux élections municipales en 2008 et les inciter à ne pas lâcher la proie du développement durable pour les ombres de la caverne de Platon.

Nous vous invitons à suivre cette ascension périlleuse du 9 au 11 Janvier 2007 à Autrans http://wiki.autrans.net/

et sur Second Life Centre experimental du territoire http://slurl.com/secondlife/Conway%203/110/72/26 Contact Armedia Abramovic alias Frest Forest Contact Anaxagore Korobase alias Philippe Vacheyrout Et aussi laFayette Center : la société de l’information en réseau http://slurl.com/secondlife/Terra%20Toulouse/35/203/27 Contact laFayette Beaumont alias Philippe Vachyrout Place de la Bastille : la révolution numérique http://slurl.com/secondlife/metropole%20extrem%20north/91/49/24 Contact Philippede Lisle alias Philippe Vacheyrout

En espérant y rencontrer le maximum de têtes bien faites, pour que 2008 soit l’année de l’espoir [clindoeil]

Philippe Vacheyrout


3.3  Contribution de Michel Elie


Société de l’information et développement durable : le développement de l'internet est-il soutenable ?

Alors que la majorité des utilisateurs sont encore bien loin d’avoir assimilé les services offerts par la génération précédente, on peut voir dans le web 2.0 un package d’avancées technologiques et de concepts marketing plus ou moins hétéroclites, définis par la sphère marchande et destinées à : - créer un sentiment d’obsolescence de ce qui le précède pour inciter les utilisateurs à un renouvellement des produits et services - proposer une nuée de nouveaux services marchands s’insérant durablement dans toutes les niches de l’emploi du temps de l’utilisateur. On peut aussi en saisir l’opportunité pour marquer une étape dans la réflexion sur le présent et l’avenir de l’internet, une occasion de réfléchir sur les enjeux et les risques d’un développement non maîtrisé, d’une « fuite en avant » ayant pour conséquence de déplacer les fossés numériques sans pour autant les réduire. C’est dans cette perspective que peut se poser la question : le développement de l'internet et plus généralement de la société de l’information est-il soutenable, à savoir « un développement qui répond aux besoins des générations du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs.» ? Curieusement cette question a été complètement absente du Grenelle de l’environnement. Pour pouvoir être qualifié de durable ou « soutenable » un processus de développement doit permettre d’atteindre et de maintenir un équilibre entre l'homme, l'argent et la nature ; il doit être Viable, Vivable et Equitable. Trois qualités dont on peut se demander si elles caractérisent le développement de l’internet et de la société de l’information. Il ne s’agit pas ici de traiter le sujet de façon exhaustive, mais de poser quelques jalons et quelques interrogations.

Le Web 2.0 une entreprise génératrice d’obsolescence

L'internet est très concerné par les réflexions sur le développement durable, aussi bien en ce qui concerne son existence réelle : ordinateurs et matériels consommateurs de matières premières rares, d'électricité, d'espace et producteur de rayonnements, de papier, de déchets ... que son existence virtuelle : consommateur de temps (l'objectif des opérateurs est d’investir tous les interstices de temps libre des utilisateurs), réceptacle de données dont le volume est en croissance exponentielle, et la qualité souvent difficile à apprécier. La facilité d’usage comporte aussi le risque de désapprendre : depuis qu’ils disposent du GPS certains ne savent plus s’orienter à partir d’une carte routière…

Pour un développement « soutenable » de l’internet L’obsolescence des matériels et logiciels organisée par la concurrence marchande sous prétexte d’innovation, induisent des déchets matériels et un gaspillage de ressources : combien de matériels en bon état de marche et de fournir le service attendu par l’utilisateur sont-ils rendus obsolescents par l’absence de support dans de nouvelles versions de logiciels. Noter d’ailleurs le parallèle qu’on peut établir entre le développement des logiciels libres dans le domaine de l’informatique et des médicaments génériques dans le domaine médical. L’objectif légitime de réduction de la consommation en énergie sert aussi la quête de sources d’obsolescences : un consortium de grandes sociétés essentiellement américaines et japonaise a formé le consortium Climate Savers Computing Initiative , avec l’ambition d’une réduction de 50% de la consommation des ordinateurs d’ici 2010. Ils estiment ainsi réaliser pour eux-mêmes une économie en coût d’énergie de 5,5 milliards de dollars et diminuer l’émission de CO2 de 54 millions de tonnes. Google, l’un des promoteurs de ce consortium, vient de lancer un ambitieux programme d’investissement dans les énergies renouvelables.

Pour une écologie du virtuel Si les ressources matérielles et énergétiques consommées par les produits informatiques relèvent d’une gestion durable analogue à celles d’autres branches industrielles, on peut s’interroger sur la gestion du virtuel : espace quasi illimité ouvert à tous (sous réserve d’être « connecté », c’est à dire encore à une minorité…). Espace que les différents pouvoirs cherchent à investir et à réguler. Multiplication des filtrages et autres tentatives de contrôle : de la veille civique au « flicage » politique, de l’intelligence économique au profilage marchand. Besoin aussi de confiance dans des critères de qualité de l’information : - filtrages pour l’élimination de données néfastes à un certain public, comme dans le contrôle parental, - développement de labels garantissant certaines qualités des contenus, comme le HON, label de confiance pour les sites concernant la santé, désormais reconnu en France par le ministère de la santé. - conception de l’encyclopédie libre Citizendium plus exigeante sur la qualité de l’information que pour wikipédia : « nous sommes une nouvelle espèce de wiki Web 2.0 : - nous recherchons la crédibilité et la qualité, et pas seulement la quantité - nous impliquons à la fois le public et les experts - nous publions sous nos noms et non sous des pseudonymes - nous travaillons de façon coopérative » - le développement du logiciel libre revendiqué comme durable : - équitable de par son mode coopératif de production et de distribution et son accessibilité aux économies pauvres, - viable car enrichi par apports successifs et tournant sur linux, n’entraînant pas l’obsolescence matérielle - vivable car encourageant des usages coopératifs et responsables

L’accumulation illimitée de données est-il « soutenable » ? La quantité de données écrites nouvelles accumulées par l’internet dépassera bientôt la quantité de données écrites disponibles depuis le début de l’humanité. L’internet source de désinformation autant que d’information : il n’y a pas de mécanisme d’élimination de l’information obsolète lorsque l’utilisateur qui l’a déposée ne se préoccupe pas de la mettre à jour, pas de mécanisme d’oubli et des moteurs de recherche qui ne dévoilent pas leurs algorithmes de recherche… Il faudrait disposer de moteurs de recherche qui prennent en compte des critères de qualité de l’information proposée : les informations souvent consultées ne sont pas nécessairement les meilleures…

Ultimes questions Faut-il conserver des données sans contexte : sans indication de date, ou d’auteur, que rejetterait l’historien ou l’archéologue ? Pouvons nous continuer à alimenter indéfiniment les poubelles du virtuel ? L’internet pourri peut-il sans danger continuer à financer l’internet propre ? Pouvons nous nous reposer sur des intérêts privés pour faire le tri dans un bien public ?

3.4  Bibliographie

Les anglais se préoccupent du gaspillage de l'énergie par les ordi, La reine se mobilise

Article de Gilles Berhault dans Internet actu

Déclaration d'Autrans 2007

Philippe Aigrain

On lira aussi avec intérêt le résumé du livre de Leslaw Michnowski. Il souligne la nécessité, si l'on parle de développement durable, d'inclure le développement des biens communs, comme le fait d'ailleurs Thierry Gaudin ci-dessus.

Page mise à jour le 02/02/2008 12:16 RSS