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Compte rendus 2006

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Si la presse est un miroir fidèle de l’opinion publique, il faut croire qu’Internet est passé dans nos esprits d’un état sauvage et plutôt inquiétant à une relative domestication, une banalisation.

On s’en était rendu compte un peu intuitivement : la presse parle maintenant plus souvent de rachats que de créations d’entreprises, elle aborde plus volontiers aujourd’hui qu’il y a dix ans des risques d’Internet par rapport au terrorisme ou au peer-to-peer que par rapport à la pédophilie ou aux dangers d’une trop grande liberté de parole. Au bouillonnement informe qui nourrissait les imaginaires les plus débordants -optimistes ou alarmistes- s’est substitué un réseau policé, compagnon de notre quotidien et pour lequel nous demandons une régulation sociale et politique. Bref, la vie aurait-elle disparue d’Internet?

Gilles Bastin, sociologue des médias semble avoir soulevé la question en se basant sur une étude lexicale de quelques grands journaux français (Le Monde, Libération, La Croix, Sud-Ouest, L’Express…).

En ressortent quelques grandes tendances : à la sphère des firmes et des capitaux, toute puissante et impalpable s’oppose l’espace intime, avec sa dimension politique, sociale ou institutionnelle. On ne parle plus de Microsoft et de Bill Gates mais de plutôt de blogs et de Ebay.

L’étude sociologique montre que le traitement d’Internet dans les médias a beaucoup évolué depuis 10 ans. Internet s’est rapproché des gens, il devenu un outil du quotidien. On observe une banalisation à transformer le mode de consommation et de transaction. Dans la presse, cela se ressent par la multiplication d’allusions au commerce en ligne, aux annonces immobilières : fantasmé il y a dix ans dans les hautes sphères de l’économie, Internet est redescendu dans une économie plus modeste.

Des mutations profondes s’observent aussi dans la relation entre l’Etat et Internet depuis 1995. La logique de diffusion d’Internet était très liée à Paris, à la centralisation. Aujourd’hui, la place de l’Etat s’inscrit essentiellement dans une logique de contrôle d’Internet, mais dans une forme décentralisée. Ce sont les communes qui sont liées à Internet, et des instances de pouvoir plus proche du citoyen. D’ailleurs, la presse met en avant une volonté de régulation d’Internet par le pouvoir politique et on retrouve dans les journaux, ces dernières années, beaucoup plus d’allusions à la loi et aux valeurs sociales qu’avant.

Enfin, la fiction inquiétante du réseau observée en 1995, celle des « virus », des « vers », des « bestioles », que l’on pouvait attacher à un champ lexical du monde biologique a peu à peu disparue. Le vocabulaire employé dans la presse était très attaché à la vie biologique, ce monde était fortement lié aux « gens », à la vie humaine. Cette disparition peut être interprétée comme un signe de maturation du medium, mais peut-être qu’elle symbolise aussi l’extinction d’une forme de vie au sein d’Internet. La question a suscité des réactions dans le public, la question reste ouverte.

Lizzie Treu et Marie-Mélaine Berthelot


dessin paru dans "Libération" le 28 février 1997

Page mise à jour le 15/03/2007 15:55 RSS